vendredi 10 juin 2011

Extrait du FUKANZAZENGI de DOGEN : suite et fin.

6. A l'endroit où vous avez l'habitude de vous assoir, étendez une natte épaisse et placez un coussin dessus. Asseyez-vous en lotus ou bien en demi-lotus. Dans la posture du lotus, placez d'abord votre pied droit sous votre cuisse gauche, et votre pied gauche sur votre cuisse droite. Dans la position du demi-lotus, vous vous contentez de presser votre pied gauche contre votre cuisse droite. Desserez vos vêtements et votre ceinture, puis arrangez-les décemment. Placez votre main droite sur votre pied gauche et votre main gauche sur votre main droite; les extrémités des pouces se touchent.



7. Asseyez-vous bien droit, dans une posture correcte, ni penché à gauche, ni penché à droite, ni en avant, ni en arrière. Assurez-vous que vos oreilles sont dans le même plan que vos épaules et que votre nez se trouve sur la même ligne verticale que votre nombril. Placez la langue en avant contre le palais; la bouche est fermée et les dents se touchent. Les yeux doivent rester toujours ouverts et vous devez respirez doucement par le nez. Quand vous avez pris la posture correcte, respirez profondément une fois, inspirez et expirez. Inclinez votre corps de droite à gauche; et immobilisez-vous dans une position assise stable. Pensez "sans penser".



8. Comment? En utilisant le non-penser? C'est aller au-delà de la pensée, cela en soi est l'activité essentielle du zazen. Le zazen dont je fais mention n'est pas l'apprentissage de la méditation, mais le Dharma qui procure la paix et le bonheur, la pratique et la réalisation d'un éveil parfait. Zazen est l'expression de l'ultime réalité. Les pièges et les filets ne peuvent pas le capturer. Une fois que vous avez saisi son essence, vous êtes comparables au dragon quand il entre dans l'eau et analogue au tigre quand il s'enfonce dans la montagne. A l'instant où on pratique zazen et que l'on rejette toute distraction et laisse aller tant le mental que le physique, le vrai Dharma se manifeste.



9. Quand vous vous relevez, bougez doucement et sans vous hâter, restez calmes mais volontaires. Evitez d'être brusques. Quand on se réfère au temps jadis, on constate que la transcendance de l'éveil et du non-éveil, que mourir en position assise ou debout, ont toujours découlés de la fermeté du zazen pratiqué.



10. L'ouverture à l'éveil occasionnée par un doigt, une bannière, une aiguille, un maillet, la réalisation grâce à un chasse-mouches, un poing un bâton, un cri, tout cela ne peut être saisi pleinement ni par la pensée rationnelle, ni par l'exercice de pouvoirs surnaturels. C'est au-delà de ce que l'homme peut entendre et voir, un principe qui précède les connaissances et les perceptions.


11. Il importe peu que l'on soit ou non intelligent. Il n'y a pas de distinction entre un sot et un quelqu'un qui ne l'est pas. Quand on concentre son effort d'un seul esprit, cela en soit est négocier la voie. La pratique et la réalisation sont pures par nature. Avancer sur la voie est une affaire de persévérance.


12. Ce monde et d'autres, en Inde ou en Chine, respectent dans l'ensemble le sceau de Bouddha. Ce qui prime dans cette école est la dévotion à la méditation assise tout simplement, s'asseoir immobile dans un engagement total. Il est dit qu'il y a autant d'âmes que d'hommes, tous négocient la voie par la pratique de zazen. Pourquoi abandonner les privilèges du fils de maison pour errer sur les routes poussiéreuses? Un seul faux pas, et vous vous écartez du chemin qui est tout tracé devant vous.


13. Vous avez cette chance unique de prendre une forme humaine; ne perdez pas votre temps. Vous apporterez votre contribution à l'ouvrage de la voie du Bouddha. Qui prendrait un plaisir vain à la vue de l'étincelle qui jaillit du silex? Forme et substance sont comme la rosée sur l'herbe et la destinée semblable à un éclair. Ells s'évanouissent toutes en un instant.


14. Je vous en prie, honorés disciples du zen, accoutumés à palper l'éléphant dans l'obscurité, ne craignez pas le vrai dragon. Consacrez vos énergies à la voie qui indique l'absolu. Respectez l'homme qui a réalisé et qui se situe au-delà des actions des hommes. Suppléez à la succession légitime du satori des Patriarches. Adoptez cette conduite et vous serez comme eux. Votre salle au trésor se donnera à vous et vous en userez comme bon vous semblera.

3 commentaires:

  1. POEME ZEN

    En vérité, aucun chemin n’égale la trace des anciens.
    Marcher dans leurs pas sans choix ni rejet
    Sans effort ni étude
    Est la plus haute destinée.
    L’espace est courbe
    Et ce qui part d’un point y retourne immanquablement
    Une fois la boucle accomplie
    Pourvu que la résolution soit inébranlable
    Et la distraction vaincue.
    Ami, ne te soucie de rien
    Si ce n’est de vivre là où tu n’es plus
    Car là où tu es
    Il n’y a que duperie, duplicité et faux-semblant.
    Assieds-toi comme les anciens l’ont fait
    Étire la colonne vertébrale
    Mets ta force dans les reins
    Et ton être dans le ventre.
    Laisse s’apaiser ton souffle.
    Qu’il soit ample et fluide,
    Et ton esprit comme l’eau vive
    Insaisissable, toujours neuve.
    Ainsi tous les phénomènes se reflètent
    Dans le miroir de ta présence
    Allant et venant comme les vagues de la mer
    Lancent leurs embruns au voisinage du rocher.
    Jette tout, ne retiens rien
    Ni la recherche, ni l’obtention
    Ni même l’abandon
    Car il n’y a rien à abandonner
    Ni qui que ce soit qui puisse le faire
    Et la force qui t’habite n’est qu’un démon
    Si tu crois la posséder.
    D’innombrables générations d’hommes de la Voie
    Et de passeurs
    Se sont succédé
    Montrant à la face du monde la lune pleine.
    Qu’en a-t-il résulté ?
    Dans ce monde de vicissitudes
    Réside la saveur unique.
    Il suffit d’un grand bond en avant,
    D’un saut dans le vide
    Pour t’éveiller de ton rêve
    Et rencontrer ta vraie nature, ton infinie liberté
    Et la fraternité avec tous les êtres
    Dans le non-né, le non-créé, le non-duel
    Ineffable brillance, flux limpide
    De l’unique appartenance.


    Poème de Luc Boussard, en hommage à Maître Deshimaru, pour le quarantième anniversaire de sa mission, ainsi qu’à tous les patriarches, dont il est l’émanation.

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  2. Tu sais, je crois bien que la place de ce poème n'est pas dans les commentaires. Et si tu nous trouvais une belle image qui va bien ?

    Avec mes pensées amicales,

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