jeudi 23 juin 2011

Entretien avec Taisen DESHIMARU.




Entretien avec Taisen DESHIMARU, propos recueillis par Marc de Smedt, paru dans la revue "Nouvelles clés".



Dans cet entretien effectué peu avant sa mort en 1982, le grand maitre zen (DESHIMARU) nous parle de la méditation comme voie pour équilibrer notre entité psychosomatique aux prises avec les pollutions extérieures et intérieures. Ce mondo privé (questions-réponses) eut lieu un soir dans son appartement. Nous avons tenu à garder, dans la traduction de son anglais, toute la saveur abrupte de qu'il appelait son "zenglish".







Nouvelles Clés : quel est l'acte qui importe le plus dans le zen?



Maitre Taisen DESHIMARU : La posture. C'est la posture de méditation qui est la plus importante. Le zazen.



NC : Pourtant, il est dit que le zen n'a rien à voir avec la position couchée, assise ou debout?



TD : Oui, l'esprit du zen transcende toutes les catégories. Mais on dit aussi que le zen, c'est zazen, que la posture elle-même est satori, éveil.



NC : comment expliquer cela?



TD : Nous sommes sans cesse en train de courir, de penser, d'errer à, la recherche de quelquechose.

Se mettre dans la posture, faire zazen, permet d'arrêter le mouvement, de stopper le processus de fuite en avant, ce processus qui fait que l'on se retrouve à l'heure de sa mort en ayant gâché sa vie dans l'illusion de la vivre.



NC : Le zen, c'est donc l'arrêt du geste?



TD : Avant tout, il faut arrêter les habitudes, stopper le déroulement du Karma, cet enchainement des causes et des effets dans notre vie quotidienne, le laisser filer loin de nous comme des nuages filent au-dessus de la montagne sans jamais l'emprisonner. Une partie du malheur de l'humanité vient du fait que les gens ne savent pas se libérer de l'emprise de leur karma, de l'attachement à leur histoire personnelle.



NC : Mais le karma, c'est aussi la famille, les enfants, les amis, le travail. On ne peut abandonner tout cela ...



TD : Il ne s'agit pas d'abandonner mais de lâcher-prise... Quand on dit que les moines doivent abandonner leur famille cela ne veut pas dire qu'ils doivent la laisser mourir de faim. Non. Il s'agit en fait de ne plus être attaché à l'esprit des choses, d'avoir une certaine distance par rapport aux émotions qu'elles suscitent. La compassion n'est pas sentimentalisme geignard, mesquin et confortable mais vrai amour qui aide. Et puis le karma est à l'oeuvre dans notre cerveau : karma du passé, du présent et du futur s'y mélangent, donnent une vraie soupe nauséabonde! Vous connaissez l'histoire de la vieille vendeuse de gâteaux qui dit au jeune moine qui vent en acheter un : "Avec quel esprit allez-vous manger ce gâteau? Avec l'esprit du passé, du présent ou du futur? Le jeune moine s'enfuit car il est trop sot pour répondre! Le karma est aussi créé par le trop-plein de pensées, de désirs, de rêves qui s'agitent dans nos têtes. la plupart des gens font ainsi avec plus de sexe avec leur tête qu'avec leur bol ou leur bâton !! (rire tonitruant).

La posture immobile permet de couper le karma. Je dis toujours : laisser passer les pensées comme les nuages dans le ciel, laissez passer, passer, passer... il faut épuiser le trop-plein de pensées, alors le cerveau peut recevoir de nouvelles informations. Une bouteille pleine ne peut plus rien contenir; une bouteille vide, oui. Mais pour bien laisser passer, il faut se concentrer sur la posture de méditation : dos droit, bassin basculé, nuque droite, pouces qui ne doivent faire ni montagne ni vallées, yeux mi-clos, se concentrer sur l'expiration la plus longue possible jusque dans le hara, le kikai-tandem, l'océan de l'énergie qui se situe dans l'abdomen. Vos postures ne doivent pas être comme des bouteilles de bières éventées! Elles doivent être fortes, riches, belles, alors l'harmonie en vous la sagesse apparaît. La vraie sagesse se trouve dans l'effort de l'immobilité. L'effort juste est le plus important.



NC : Quelle différence entre le raja yoga et le zazen? C'est finalement toujours de la méditation, jambes croisées en lotus ou demi-lotus!




@ suivre.....

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