samedi 8 janvier 2011

Ouvrir nos yeux

Un élève de cours élémentaire à écrit le poème suivant:

 En plein milieu du Japon,
 Entouré par l’océan Pacifique, la mer d’Okhotsk,
 La mer du japon et la mer de Chine orientale,
 A l’école élémentaire de Furukawa,
 Je suis en train de me quereller.


La nonne zen Sundô Aoyama (Le Zen et la vie ed Sully) commente:

Combien d’adultes pourraient parler ainsi :  « Ici, dans cet endroit pas plus grand qu’un grain de poussière, sur cette planète, je suis en train de me disputer et de discuter en vain » ? Et combien d’adultes réussiraient-ils à se voir lorsqu’ils sont en train de se quereller?…

Et moi que suis-je entrain de faire? Je pense que cette question est la plus fondamentale pour déterminer notre existence. Si nous pouvions nous voir à chaque instant, nous serions tel un solitaire assis sur une grande montagne, parce qu’à ce moment précis, nous serions capable de nous observer avec les yeux de Bouddha.

2 commentaires:

  1. Un solitaire assis sur une grande montagne me fait penser au conte du tailleur de pierres :
    Il était une fois un tailleur de pierres qui en avait assez de s'épuiser à creuser la montagne sous les rayons du soleil brûlant.
    "J'en ai assez de cette vie, tailler, tailler la pierre, c'est éreintant ! Et ce soleil, comme j'aimerais être à sa place, je serais là-haut tout puissant à inonder le monde de mes rayons, se dit le tailleur de pierres.
    Or par miracle, son appel fut entendu. Et aussitôt le tailleur se transforma en soleil. Mais comme il se régalait à envoyer partout ses rayons, il s'aperçut que ceux-ci étaient arrêtés par les nuages.
    "A quoi ça me sert d'être soleil si de simples nuages peuvent stopper mes rayons ! Si les nuages sont plus forts que le soleil, je préfère être nuage".
    Alors, il devient nuage. Il survole le monde, court, répand la pluie, mais soudain le vent se lève et disperse ce nuage.
    "Ah, le vent arrive à disperser les nuages, c'est donc lui le plus fort, je veux être le vent" décide-t-il.
    Alors, il devient le vent et il souffle de par le monde. Il fait des tempêtes, des bourrasques, des typhons. Mais tout d'un coup, il s'aperçoit qu'il y a un mur qui lui barre le passage. Un mur très haut et très dur. Une montagne.
    "A quoi ça me sert d'être le vent si une simple montagne peut m'arrêter ? C'est elle qui est la plus forte " dit-il. Alors, il devient la montagne. Et à ce moment, il sent quelque chose qui le tape. Quelque chose de plus fort que lui, qui le creuse de l'intérieur...
    C'est un petit tailleur de pierre.

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  2. Beau conte Jundo!

    Il existe un conte zen basé exactement sur le même trame, si ce n’est que c’est le roi des taupes qui souhaite marier sa fille au seigneur le plus puissant de la terre. Il passe en revue le soleil, les nuages, le vent…mais le vent est arrêté par un monticule de terre, fait par … une taupe!

    Sinon, le poème de l’écolier japonais n’est pas sans rappeler les « exercices spirituels » des philosophies antiques. Dans le stoïcisme et l’épicurisme notamment, la philosophie n’était pas seulement des discours théoriques, mais des thèmes d’exercices devant être pratiqués concrètement pour « vivre en philosophe ». Un des exercices, commun à toutes les écoles (dont le but était la maîtrise du discours intérieur) consistait à se reconnaître comme partie du Tout, à s’élever à la conscience cosmique et à s’immerger dans la totalité du cosmos. La pratique consistait à s’élever, par l’imagination, pour voir toutes choses par un regard porté d’en haut. Ces exercices devaient restaurer la tranquillité et la paix de l’âme Pour Sénèque, par exemple, l’âme du philosophe transportée au milieu des astres, jette du haut du ciel un regard sur la terre qui lui apparaît comme un point. Elle se moque alors du luxe des riches, les guerres pour les frontières paraissent ridicules…

    De même qu’il existait des exercices faisant prendre conscience de la valeur infinie de chaque instant en voyant comment les choses se métamorphosent constamment d’un moment à l’autre, ce qui n’est pas sans nous appeler certaines choses non?…

    A méditer.

    Kanshi.

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