mercredi 18 avril 2012

Brisez les miroirs


Bassui Tokushō
(1327-1387)
Brisez les miroirs.
Abandonner l’éveil éveillé et
retourner au sujet s’éveillant.
Quel est celui qui voit et qui entend ?
Qui écoute le sermon ?

Si vous voulez vous libérer des souffrances de la naissance et de la mort successives, vous devez apprendre à connaître la voie directe qui permet de devenir un bouddha. Cette voie consiste à connaître votre propre esprit. Qu'est-ce que cet esprit ? C'est la vraie nature de tous les êtres sensibles, qui existait avant la naissance de nos parents, avant notre propre naissance et qui existe toujours, immuable et éternelle, ce pourquoi on l'appelle «visage originel». Cet esprit est intrinsèquement pur. Il n'est pas créé à notre naissance et ne disparaît pas lorsque nous mourons. Il n'a pas un caractère masculin ou féminin, il n'est ni bon ni mauvais et ne peut être comparé à rien, ce pourquoi on l'appelle «nature-de bouddha». Pourtant d'innombrables pensées naissent de lui comme des vagues se forment dans l'océan et comme des images se réfléchissent dans un miroir.

Si vous voulez connaître votre propre esprit, vous devez avant tout plonger votre regard dans la source d'où surgissent les pensées. Que vous dormiez ou que vous travailliez, que vous soyez debout ou assis, demandez-vous profondément : «Qu'est-ce que mon propre esprit ?» avec un désir intense de trouver la réponse à cette question. C'est en cela que consiste ce qu'on appelle «pratique», «désir de la vérité» ou «soif d'accomplissement», et le terme de zazen ne désigne rien d'autre que ce regard tourné vers l'intérieur. Mieux vaut interroger avec acharnement votre propre esprit que de lire et de réciter chaque jour, pendant des années, sutras et dharani. Ces activités-là, qui sont purement formelles, ne sont pas sans vertu, mais celle-ci est courte et ensuite revient la souffrance. L'interrogation de son propre esprit conduisant finalement à l'illumination, cette pratique est une condition nécessaire pour devenir un bouddha. (...)
Quelle sorte de maître, en ce moment même, voit des couleurs, entend des voix, lève les mains, remue les pieds ? Nous savons que ces fonctions sont celles de notre esprit, mais personne ne sait avec précision comment elles s'accomplissent. On peut avancer que derrière ces actions il n'y a pas d'entité, et pourtant il est évident qu'elles sont accomplies spontanément. A l'inverse, on peut prétendre que ces actes sont ceux de quelque entité, et pourtant cette entité est invisible. Si l'on considère cette question comme insoluble, toute tentative de lui trouver une réponse raisonnable devient vaine et l'on ne sait plus que faire. A ce stade propice, le désir de savoir se fait de plus en plus profond et lorsque l'interrogation est poussée à l'extrême, lorsqu'elle atteint le fond et que ce fond s'ouvre, nous ne doutons plus un instant que notre propre Esprit soit le Bouddha, l'univers du Vide. Alors nous n'éprouvons plus d'angoisse touchant la vie ou la mort et il n'y a plus de vérité à chercher.

1 commentaire:

  1. Merci à Jundo pour ce texte ainsi que pour les illustrations.

    Vous noterez que Bassui Tokushô était un maître Zen de l'école Rinzai. Concernant les différences entre nôtre école du Zen Sôtô et l'école du Zen Rinzai, le "dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme" de P.Cornu, nous indique que "l'on a beaucoup exagéré les différences entre l'école Rinzai et l'école Sôto. Même si le Rinzai privilégie l'usage des kôans, il n'en néglige pas pour autant la pratique du zazen...le Sôtô a abandonné toute référence explicite au satori ou kenshô, tandis que cette notion d'illumination subite demeure centrale dans le Rinzai jusqu'à nos jours" (d'ou la mention de l'illumination au milieu du texte).

    Bonne lecture.

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