dimanche 19 juin 2011

Les trois sceaux du bouddhisme

Le bouddhisme décrit la temporalité par la phrase: « Toutes choses sont impermanentes », ce qui veut dire que toutes les choses sont en état de flux continu. Toute matière qui du point de vue du sens commun parait avoir une existence permanente, fixe est dans un état de mouvement, soumise à un changement ininterrompu et irradiant de l’énergie. De ce fait, chaque moment est un segment sacré qui ne peut être répété. Notre vie n’arrive qu’une fois. Il ne peut y avoir aucune expérience pour nous en dehors de celle de notre vie présente. Il est donc essentiel de faire naître dans nos cœurs le vœu fervent de réaliser l’éveil.


Le bouddhisme utilise les termes « innen shô » littéralement « venir à l’existence en raison de causes directes et indirectes » et « engi » signifiant « provenir d’une cause ». Engi montre que toutes les choses sont interdépendantes et que rien ne peut exister séparément. L’une est soutenue par l’autre et à son tour la soutien. Chaque chose joue son rôle pour former la chaîne de la totalité. La relation entre l’individu et la société est également soumise à cette loi. Le bouddhisme ne reconnaît pas une existence fixe, permanente, mais seulement l’existence d’un ensemble de relations. D’un point de vue religieux nous sommes amenés à conclure que si nous pouvons vivre en paix, c’est bien grâce à un soutien extérieur et aux bienfaits de la société dont nous jouissons. C’est donc un devoir naturel de l’Homme d’exprimer sa gratitude pour ces bienfaits. La compréhension d’ éveillera en nous un sens profond de la gratitude et nous conduira à la pratique de « rita-gyô », littéralement « être utile aux autres » car elle nous permettra de voir à quel point nous profitons des bienfaits des autres.


Le bouddhisme enseigne également qu’il n’y a pas d’ego ou d’âme séparée du corps. Comme rien n’a d’existence permanente, il est insensé de s’attacher aux choses. Le bouddhisme considère le désir centré sur le moi et l’ignorance de la vraie nature des choses comme la source du mal. La loi de l’impermanence proclame que rien n’a d’existence réelle (au sens d’invariante) et que nous devons éviter toutes paroles et toutes actions qui ont tendance à nous attacher aux choses. D’un point de vue religieux toutes les actions qui proviennent du désir d’obtenir un gain personnel sont considérées comme trompeuses. Notre Vrai Moi apparaît lorsque nous abandonnons notre moi cupide, notre intérêt égoïste. On peut voir cela comme le point de retournement du moi, ou comme une réforme fondamentale dans notre vie.
« Si l’on peut renoncer à une chose aussi petite que le moi, alors on peut saisir une chose aussi vaste que l’univers » Sôjô - 384-414).


Chacune de ces trois idées fondamentales (Toutes choses sont impermanentes, toute chose provient d’une cause, toutes choses sont dépourvues d’un soi) contient les deux autres. Et quand nous expérimentons profondément ces lois avec notre corps et notre esprit, nous pouvons réaliser la paix du nirvana. Cette paix est un état d’esprit absolument paisible, que l’on atteint grâce à l’Eveil qui surmonte l’ignorance et éteint les flammes de la convoitise, en développant en nous une compassion pleine de sagesse.




La compassion et la sagesse sont les deux piliers de la vérité. La sagesse signifie connaître la vraie nature de l’univers et de la vie humaine; la compassion signifie embrasser toutes les choses et n’en rejeter aucune.

Les trois « lois » ci-dessus sont désignées sous le vocable de « Trois sceaux du bouddhisme » parce qu’elles représentent ses caractéristiques les plus essentielles.


Mais le zen ne se contente pas de reconnaître ces lois sur un plan conceptuel. Il insiste sur la nécessité de les expérimenter concrètement !



(Selon Kohô Chisan: Le bouddhisme zen Sôtô ed Sully).

5 commentaires:

  1. NB: D'autres auteurs peuvent parler de quatre sceaux, à ce moment c'est le Nirvana (paix au-delà des concepts) qui représente le 4ième pilier.

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  2. "Que nous en ayons conscience ou pas, chacun de nous est endetté pour l’éternité. Nous sommes les débiteurs d’hommes et de femmes connus et inconnus. Nous ne pouvons finir de déjeuner sans nous être rendus dépendants de plus de la moitié du monde. En nous levant, le matin, nous allons à la salle de bains où nous prenons une éponge que nous a procurré un indigène du Pacifique. Nous nous servons d’un savon créé par un Français. La serviette nous vient d’un Turc. A table, nous buvons du café que nous a fourni un Sudaméricain, du thé d’un Chinois et du cacao d’un Africain. Avant même d’être partis travailler, nous sommes obligés envers plus de la moitié du monde. Dans un sens très réel, chaque vie est en interrelation avec les autres, tous les humains sont pris dans un réseau inévitable de réciprocité, entraînés dans un destin commun. Tout ce qui touche l’un, touche tous les autres, indirectement."

    MARTIN LUTHER KING, Jr

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  3. Bonsoir,

    Animé par le besoin de posséder ou de rejeter, l'homme accorde une importance aux choses qui le concernent.

    Pourtant, tout ce qui vient de la création ou de la naissance, surgit et disparait dans le flux de l'impermanence. Donc l'homme ne peut être maître, ni des choses, ni du temps qu'il passe sur terre.

    Dès lors, à quoi comparer sa vie?
    Simplement à la trace que le vol de l'oiseau inscrit dans le ciel.

    C'est pourquoi nous devons admettre que nous ne sommes rien!
    Cependant, même si tout nous échappe, seul ce "rien" ne peut nous être retiré.
    Or, c'est bien lui que nous retrouvons lorsque, pendant zazen, nous nous réfugions dans l'instant présent. Dans cet instant où, libérés des désirs et des rejets, de l'hier et du demain, nous pouvons enfin entrevoir la fragilité de nos jugements.

    Plein de pensées amicales.

    Shu Kai.

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  4. NE SUIS RIEN
    NE CHERCHE RIEN

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  5. Maître Feng k'an aimait à répéter quand on l'interrogeait sur la signification du zen: "Fondamentalement rien".

    Dans ce rien réside la magie et la poésie du monde. La source inépuisable à partir de laquelle l'univers se déploie.

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