mercredi 25 mai 2011

Santal

Sortez délicatement une baguette de santal, allumez-la de la main droite, éteignez-en la flamme non en soufflant dessus, mais en secouant doucement la baguette, piquez-la dans sa coupelle, asseyez-vous, faites silence. Elle est là, tremblotante, toujours près de se briser, grosse en sa gracilité de tous les miracles qu'elle va dérouler devant vous.

Légère, une fumée bleutée commence à s'élever dans l'air. Elle forme de lentes volutes qui s'embrassent, se déprennent, de capricieuses arabesques, des cortèges de profils changeants, des noeuds qui se dénouent d'eux-mêmes.

La baguette de santal a pour page l'espace. Alors que jamais ne bouge sa plume de lumière, la phrase qu'elle trace n'est jamais la même. Vous regardez monter ces arborescences maniérées qui semblent enserrer d'invisibles colonnes d'air, ou comme les fins rinceaux de cornaline escaladent de leurs courses les neiges du Tâj-Mahal. Vous suivez l'évolution de ces flexibles déploiements, de ces subtils ballets de symboles. Et vous vous demandez quels peuvent être ces débris d'un mystère incohérent, dont vous ne saisissez pas l'évasive identité.

A peine une respiration plus forte, et toute l'architecture s'effare, se cabre, s'effondre, court se recomposer ailleurs. Vous regardez errer le rêve.
Pour peu que vous observiez encore, vous vous direz que tous ces gracieux accidents de fumée miment et dansent les pensées, les songeries de l'esprit, que la tige odoriférante ressemble à un stylet tranquille ciselant le vide déroulé devant lui, dessinant dans leurs plus précis frémissements les rivages découpés, les méandres de l'imaginaire ; mais qu'elle décrit aussi les fines métamorphoses du devenir humain, et que, s'attardant en nostalgies, passant par des phases d'exaltation et d'abattement, c'est votre vie qu'elle vous raconte.

Mais telle est bien aussi l'image du devenir universel. Car, tandis qu'elle se consume lentement, vous verrez la baguette inscrire les cycles de l'éternité, qui se développent, s'harmonisent, se défont aux angles du destin, se réinventent sans cesse sous l'immobile bourrasque de l'Esprit, renaissent de leur propre évanouissement.

Jusqu'au moment où, dans l'obscurité tombée, ne brille plus devant vous qu'une goutte de lumière imperceptible comme le trou d'une serrure donnant sur l'autre monde. Le dernier soupir du santal trace un point d'interrogation au-dessus d'une traînée de cendre, et la baguette s'éteint au même instant que s'achève la dissolution cosmique.
Il suffit d'en cueillir une autre pour y allumer un nouvel univers.

Jean Bies, écrivain et poète

2 commentaires:

  1. Bonjour Jundo,

    Gassho pour ce superbe extrait.

    Je précise, qu'à l'origine, ce que l'on nomme "encens" est une résine appelée "OLIBAN", qui est tirée d'un arbrisseau qui se nomme "BOSWALIA CARTER". Cette résine est vénérée depuis l'antiquité, où on la faisait brûler pour honorer les dieux.

    L'encens appartient au régime végétal. Le pouvoir de l'encens vient du fait que chaque senteur "vibre" sur une "fréquence", et en la respirant, modifie la vibration et les fréquences de notre propre corps.

    Plein de pensées amicales.

    Shu Kai.

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  2. Après les origines, un peu d'histoire ?
    Originaire de Chine, l’encens a été introduit au Japon au VIème siècle par les moines bouddhistes qui l’utilisent en signe d’offrande mais également pour ses vertus purificatrices.
    Au cours des périodes Nara (710-794) et Heian ( 794-1185), l’aristocratie japonaise adopte l’encens pour parfumer palais et textiles. Ils s’affranchissent des recettes chinoises pour inventer des méthodes et mélanges propres et organisent des concours pour comparer leurs créations.
    Ils organisent des séances d’évaluation d’encens afin améliorer la finesse de leur sens olfactif. Le bois d’encens n’est pas brûlé mais chauffé à une température optimale qui varie selon la température et l’hygrométrie. L'encens japonais ou Kô diffère des parfums dans les pays occidentaux. On retrouve dans sa composition deux bois précieux : le bois d'Agar et le bois de Santal.
    Au XVème siècle, on classifia tous les encens connus. C’est ainsi que furent établies une série de règles pour magnifier l’usage de l’encens, donnant naissance au rituel de « voie de l’encens » ou kôdô. Durant la cérémonie, les participants apprécient les fragrances par les bois parfumés que l'on brûle selon les règles traditionnelles.
    Comme la cérémonie du thé, c’est un art raffiné au Japon qui demande une haute spiritualité et une grande culture.

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