vendredi 15 avril 2011

L'esprit vaste.



Le Bouddha nous a offert cette image merveilleuse. Si vous versez une poignée de sel dans un bol d’eau, l’eau sera imbuvable, parce que trop salée. Mais si vos versez la même quantité de sel dans un fleuve, les gens pourrons continuer de boire son eau. Cet enseignement a été donné il y a deux mille six cents ans, quand on pouvait encore boire l’eau des rivières! De part son immensité, la rivière à la capacité de recevoir et de transformer. La rivière ne souffre aucunement d’une poignée de sel.

Si votre cœur est limité, vous risquez de souffrir à cause d’une seule parole ou d’un seul acte injuste. Mais si vous avez un grand cœur, s’il y a de la compréhension et de la compassion en vous, ces paroles ou cet acte n’auront pas le pouvoir de vous faire souffrir. Vous aurez la capacité de les recevoir, de les embrasser et de les transformer en un instant. Ce qui compte ici c’est votre capacité. Pour transformer votre souffrance, votre cœur doit être aussi vaste que l’océan…Le fait de souffrir ou non dépend de notre manière de recevoir ce qui est dit.


Tchich Nhat Hanh: « le cœur des enseignements du Bouddha » Pocket.

4 commentaires:

  1. Transformer ma souffrance… j’aimerais bien mais comment ? par exemple, face à un deuil, elle reste une réaction et il me semble qu’elle a un sens, il faut juste ne pas se laisser envahir ou s’identifier à elle. N’est-elle pas nécessaire ?

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  2. Bonjour cher lecteur anonyme,

    Vos questions me semblent porteuses de la réponse! Chacune de nos réactions (de nos émotions, de nos sentiments) a bien un sens: celui que nous lui donnons.

    De l’extérieur, beaucoup de personnes pensent que le zen a pour but de produire des êtres apathiques et insensibles, que rien ne va toucher…C’est tout a fait inexact. Malgré l’immobilité, nous ne sommes pas des rochers, mais des êtres humains nos émotions sont « normales » et saines. Ce qui l’est moins est de se laisser totalement envahir par elles et d’y stagner indéfiniment.

    Pour reprendre l’image (car ce n’est qu’une image, non la réalité) de l’article, c’est comme si notre esprit était une petite piscine pouvant contenir sans (trop de) problèmes, les poissons que sont nos « petites » émotions du quotidien. Puis, un jour, une baleine atterrit dans le bassin de notre esprit…Elle pend toute la place, rien d’autre qu’elle ne peut exister, et la piscine peut même éclater. Le chemin que nous propose la zen est alors d’élargir notre esprit aux dimensions de l’océan. Ce n’est pas ignorer ou négliger la baleine, ni ne pas en prendre soin si nécessaire, bien au contraire. Voir l’impermanence et la souffrance est un puissant moteur pour la recherche de l’éveil, de la libération, d’un autre mode de fonctionnement. Il s’agit juste de donner de l’espace à nos émotions et de les laisser à leur juste place.

    Pour ce qui est du comment, notre réponse sera, bien entendu, par la pratique de zazen, qui va inconsciemment naturellement, automatiquement, transformer en profondeur notre rapport à nous-même et au monde.

    Bien à vous.

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  3. Merci pour votre réponse et cette vue longue portée élargie à l’océan ! Il est vrai que notre éducation nous apprend à vouloir maîtriser nos émotions et que ça déborde… Mais dans notre culture chrétienne et en fait dans beaucoup de religions, la souffrance semble étroitement liée à la compréhension de la vie. J’ai appris récemment que le terme de péché signifiait « but manqué » et non pas la faute ou la transgression morale que nous sommes censés porter. La différence est énorme… Et on serait passé à côté de combien d’autres sens et notions –disons mal traduits- comme celui-ci ?
    Amicalement,
    Sandrine

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  4. Bonsoir,

    Belles réflexions! Effectivement péché signifie « manquer le but » mais on a vite fait d’en déduire que si l’on manque la cible c’est que l’on a commis une faute…Du piège des mots et des concepts.

    Afin de ne pas manquer le but, dans le zen, nous pratiquons ce que les japonais nomment « mushotoku » ce qui signifie: esprit qui ne cherche pas à obtenir. Ou sans but, ni esprit de profit. Il s'agit de l'attitude où l'esprit ne s'attache à aucun objet et ne cherche ni profit ni résultat. La sagesse prend sa source dans mushotoku en dépassant toutes les limitations dues à la recherche d'un but. Finalement, la sagesse la plus haute est sans but et sans conscience. "Les mains ouvertes, vous pouvez tout recevoir ; les mains fermées, rien ne peut être obtenu." L'esprit qui s'attache à un but, s'enferme dans ses propres concepts où la sagesse n'a pas de place. L'attitude juste consiste à laisser passer toute chose, en se concentrant sur l'action immédiate sans égoïsme.

    Et pour finir, oui la souffrance est liée à la compréhension de la vie, particulièrement dans le Bouddhisme qui fait (dans le mécanisme de co-production conditionnée) de l’ignorance la source première de la souffrance, peut-on être plus explicite?

    Bien à vous.

    Kanshi.

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